| "Extraits
choisis" |
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Lorsque
le visiteur se présente pour la première fois
aux abords de l'ermitage de verdure de Raymond Dumoux, il mesure
dans l'instant toute la singularité du personnage. Une
ferme isolée, la campagne française qui s'étend
à perte de vue. Le village est à quelques kilomètres
mais la ville est loin.
Dans le logis, chaleureux et rural, des souvenirs en grand nombre
ornent les murs. De menus objets, touchants de simplicité,
luisent dans la demi-clarté d'une fin d'après-midi
d'automne. On les entendrait presque chuchoter entre eux. On
boit un verre de vin doux. Une vie consacrée à
l'art tient toute entière entre ces murs. On découvre,
émerveillé, une œuvre inclassable et méconnue.
Dans les dépendances de la ferme, telle une belle endormie,
trente-cinq années de production artistique reposent
à l'abri des regards. Des centaines de gravures et de
dessins sont rangés minutieusement auprès d'innombrables
toiles et autant de sculptures qui attendent sagement leur heure.
Quelle promenade ! On fait le tour du monde ! Panoramas
géants, reconstitutions historiques, on pense à
des décors de théâtre ou d'opéra.
D'un côté les trompettes de l'Apocalypse, mais
de l'autre, une Nativité toute d'émotion contenue. |
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On
découvre la passion du Christ sur le Mont des Oliviers
devant le Calice de Souffrance ; la main voilée qui refuse
; le bras découvert qui la cache et accepte… N'est-ce
pas la même attitude que celle d'Endymion dans ses songes
(une toile voisine dans l'atelier), éternellement endormi,
et qu'aima passionnément Séléné
(la Lune) ?
Si l'on veut bien se souvenir que les sculpteurs des sarcophages
romains paléochrétiens représentaient le
mythe d'Endymion pour figurer l'Espérance de la Vie éternelle
après la mort terrestre, des correspondances apparaissent
: Endymion endormi préfigure le Christ ressuscité
au milieu de ses disciples assoupis. D'étranges et profondes
résonances s'établissent dans le silence pour
former une sorte de polyptyque éclaté, illustrant
les liens indissolubles de l'Occident chrétien avec ses
origines grecques. |
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Cet
art nous paraît familier mais les repères nous
échappent. Ce qui frappe d'emblée, c'est l'intimité
que nous ressentons avec cette figuration, qui semble connue,
comme venue du fond des âges. Mais, à bien
y regarder, ces œuvres posent vite question : à
quoi se référer, et à qui ? Aux
fresques de Pompéi ? A celles de nos églises
romanes ou gothiques ? Ou encore aux tourments expressionnistes
du XXe siècle ?
Serait-ce pour cette raison que l'œuvre de Raymond
Dumoux paraît tellement singulière ? Elle échappe
au temps, car l'artiste se joue des époques et des
styles.
Primitif
visionnaire, Raymond Dumoux est très conscient de
ce qu'il met en mouvement dans son travail. Il s'agit pour
lui de réactiver les mythes, les symboles, et le
Spirituel dans l'Art. Il s'agit de rendre visible un monde
où le spirituel et le profane ne font plus qu'un,
ne sont qu'une seule et même réalité...
Universalité d'une Création en mouvement,
et foisonnement passionnant du réel. |
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| Que
la scène figurée soit paisible ou agitée, le
calme qui rayonne des œuvres de Raymond Dumoux donne en partage
une vision bienveillante et distanciée du Monde. Nulle projection
égotique dans ce travail : l'artiste s'efface, pour ainsi dire,
afin de laisser toute la place au dévoilement des mystères
de la création, aux grands chapitres de l'Histoire sainte comme
de l'histoire humaine. Raymond Dumoux retrace le parcours de l'Homme
dans sa totalité, son parcours depuis les origines. Il opère
un rapprochement entre les scènes bibliques et ses visions
cosmiques. Son magnus opus l'illustre de façon spectaculaire
: un ensemble monumental d'une quarantaine de toiles de cinq mètres
sur trois chacune, consacrées à l'histoire de l'Humanité,
du passé au futur. |
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Toute
cette gestation est fécondée par une maîtrise
technique virtuose. Raymond Dumoux, maître de la peinture
a tempera, fait montre d'une démarche inversement
symétrique de celle des peintres actuels : c'est en
partant de l'abstraction qu'il évolue vers cette stupéfiante
figuration.
On ne peut s'empêcher de songer au regard divin posé
sur le Monde, dans toute sa complexité, sa richesse
et ses contradictions…
Prenons tout notre temps afin de nous perdre dans le labyrinthe
spatio-temporel de Raymond Dumoux, de nous laisser happer
par l'expérience du sacré qu'il nous propose.
Par ailleurs, on s'étonnera, en empruntant ce parcours,
de ces matériaux bruts, de ces objets pleins d'humour,
trouvés au hasard de ses promenades, et assemblés
selon une logique ou une intuition précises, formant
ce qu'il appelle lui-même, son « Cabinet de Curiosités
».
Dominique
Frachebois
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